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“Est-ce que je vais mourir, moi aussi ?”
Sur le plan de la difficulté à être mise en mots, la mort est logée à la même enseigne que le sexe, et pour des raisons similaires. Dire à un enfant que la mort existe, c’est, en effet, lui dire que l’on est mortel, qu’il est mortel et que tous ceux qu’il aime le sont également. Et c’est aussi se dire, ou se redire à soi-même, une vérité que l’on n’a pas forcément envie d’entendre. Ce n’est donc simple pour personne. Et pourtant, dans le rapport de l’enfant à la mort, il y a toujours une " première fois ", un jour où, après être passé cent fois, sans mot dire, devant des scarabées écrasés sur des routes de campagne, la mort tout à coup fait sens pour lui. Et il interroge : " Qu’est-ce qu’il a le scarabée, maman ? Pourquoi il bouge plus ? "
Si l’adulte a du mal à répondre, ce n’est pas seulement parce qu’il craint d’effrayer l’enfant, mais pour des raisons plus personnelles. L’idée de la mort est, en effet, lourde d’évocations inconscientes. Elle est d’abord, pour chacun de nous, la métaphore – le symbole – de toutes les pertes et de tous les abandons : " Partir c’est mourir un peu. " Mais elle renvoie aussi chacun à la question de sa " place ". La façon dont on supporte l’idée de la mort dépend, en effet, du sens que l’on peut ou non lui donner. Et ce sens, à son tour, dépend de la façon dont, dans son histoire, on a été inscrit dans la succession des générations. Pour certains, l’idée de la mort est insupportable. Elle représente le non-sens absolu parce qu’elle est synonyme de " plus rien ".
D’autres, au contraire, réussissent à l’apprivoiser parce qu’ils ont pu apprendre dans leur histoire que, comme dans la nature – le fruit naît de la mort de la fleur – il y a, chez les humains, une continuité. Qu’une génération disparaît pour qu’une autre lui succède et reprenne son acquis pour le mener plus loin.
Comment l’ont-ils appris ? Par les paroles de leurs aînés, mais surtout en voyant dès leur enfance, s’effectuer la transmission d’une génération à l’autre. De leurs grands-parents à leurs parents, et de leurs parents à eux-mêmes. Chacun acceptant de changer de place pour que l’autre trouve la sienne. Voir la mort s’inscrire dans un ordre " normal " des choses permet de lui rendre un visage plus " humain ", de comprendre qu’elle n’est pas synonyme de " rien ". Qu’elle fait, certes, disparaître à jamais les êtres chers, mais que leur mémoire demeure dans la tête des vivants.
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